Illustration : quatre philosophes grecs © British Museum
Mise en bouche : bienvenue dans le Jardin…
D’autres que nous ont déjà parcouru le chemin où nous nous engageons ensemble. Ils partagent avec nous ce souci de mieux vivre mais ils ne font pas secret de leur inquiétude de ne pas être à la juste place… Ce tutoriel n’est pas un Embarquement pour Cythère, île de tous les amours [Watteau, 1717], mais plutôt une Promenade au phare [Woolf, 1927], faite de rencontres et de sérendipité : le phare n’a pas l’exclusivité de la lumière et il sert avant tout aux bateaux égarés. En sommes-nous, des navires en quête de havre ? Cette première question est déjà un premier chantier. Quoi qu’il en soit à ce stade, comme Newton y invitait (avec Pascal et Bernard de Chartres avant lui), montons sur les épaules des géants qui nous précèdent et soyons curieux de leurs invitations :
Quand je danse, je danse ; et quand je dors, je dors. Et quand je me promène seul dans un beau jardin, si mes pensées se sont occupées d’autre chose pendant quelque temps, je les ramène à la promenade, au jardin, à la douceur de cette solitude, et à moi. La Nature nous a prouvé son affection maternelle en s’arrangeant pour que les actions auxquelles nos besoins nous contraignent nous soient aussi une source de plaisir. Et elle nous y convie, non seulement par la raison, mais aussi par le désir. C’est donc une mauvaise chose que d’enfreindre ses règles.
Montaigne, Essais, III, 13, De l’expérience (1588)
J’avais manqué de lest pour garder les pieds sur terre, l’éternel problème du fantôme ordinaire. Je constituais moi-même le problème, car à notre époque chacun s’efforce de poser les questions les plus graves, et j’étais devenu expert en la matière.
Jim Harrison, Retour en terre (2007)
J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources.
Georges Perec, Espèces d’espaces (1974)
Une partie de la texture de nos sociétés est tissée d’hallucinations collectives, que nous appelons “réalité”. C’est cette folie complice que nous baptisons “santé mentale” avec la même assurance que nous pointons du doigt son contraire, baptisé “aliénation”.
Ronald D. Laing, The Politics of Experience: an Essay on Alienation (1967)
Entre le stimulus et la réponse il y a un espace… Dans cet espace est notre pouvoir de choisir notre réponse. Dans notre réponse résident notre croissance et notre liberté.
Viktor Frankl, Nos raisons de vivre, à l’école du sens de la vie (1969)
Un mode d’existence est bon ou mauvais, noble ou vulgaire, plein ou vide, indépendamment du Bien et du Mal, et de toute valeur transcendante : il n’y a jamais d’autre critère que la teneur d’existence, l’intensification de la vie.
Gilles Deleuze (avec F. Guattari), Qu’est-ce que la philosophie ? (1991)
Je voudrais faire un livre qui dérange les hommes, qui soit comme une porte ouverte et qui les mène où ils n’auraient jamais consenti à aller, une porte tout simplement abouchée à la réalité.
Antonin Artaud , L’Ombilic des limbes (1925)
C’est l’heure : Hora ! Tout à l’heure, il sera trop tard, car cette heure-là ne dure qu’un instant. Le vent se lève, c’est maintenant ou jamais. Ne perdez pas votre chance unique dans toute l’éternité, ne manquez pas votre unique matinée de printemps.
Vladimir Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien (1980)
Il est merveilleux d’être là.