« Dans mon île » : est-il utopie plus partagée, fantasme plus souvent étalé, évocation plus partagée ou idée qui ait rencontré plus de succès que le concept de Paradis perdu ?
Là où Baudelaire a « vécu dans les voluptés calmes, / Au milieu de l’azur, des vagues, des splendeurs / Et des esclaves nus, tout imprégnés d’odeurs, / Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes, / Et dont l’unique soin était d’approfondir / Le secret douloureux qui me faisait languir. » [Les fleurs du mal, 1857]
Là où, selon Milton, « loin de ces fleuves, un lent et silencieux courant, le Léthé, fleuve d’oubli, déroule son labyrinthe humide. Qui boit de son eau oublie sur−le−champ son premier état et son existence, oublie à la fois la joie et la douleur, le plaisir et la peine » [Le Paradis perdu, 1667].
Là où, selon le mythe biblique, l’homme pouvait « manger tous les fruits du jardin » et où « L’homme et sa femme étaient tous les deux nus, et ils n’en avaient pas honte » mais où le dieu dictait clairement notre humaine condition : « tu ne mangeras pas le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras, c’est certain » (Genèse, 2, 16-25).
Là où, selon Henri Salvador, « On n’fait jamais rien / On se dore au soleil qui nous caresse / Et l’on paresse sans songer à demain… »
Quel est donc le fondement du succès universel de ces Paradis perdus ? Qu’est-ce qui caractérise ce territoire où la Vie est toujours conjuguée au présent seulement, auquel tant aspirent malgré le « secret douloureux » de Baudelaire et « l’oubli » qui préoccupe l’aveugle Milton ? Pourquoi, au Paradis, le dieu immobile brandit-il cette menace envers l’Homme premier, celui qui agit ? Ce premier penseur meurt-il physiquement ou perd-il simplement son badge d’accès au Club Med originel ? Et pourquoi, dans la droite ligne de la Chute, brûle encore cette condamnation à « gagner son pain à la sueur de son front », condamnation par laquelle naît… l’Humanité.
[définition hunyadi, 3 réflexes :
- trouver le sanctuaire dans l’expérience directe de la vie > force d’âme
- trouver le sanctuaire dans le dogme > conformité > l’artifice est un sanctuaire]
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L’idée est un sanctuaire, elle est absolue et un absolu n’a que cette qualité. Pas d’attribut, pas de modalité, pas de qualification > l’idée a l’avantage de ne pas exister > plasticité***