Contenu du cours
ATELIER 03 : Je suis empêché par mes légendes personnelles. Inviter le MOI héroïque et narratif à sa table
Comment quitter les histoires dont je suis le héros (triomphant ou pas) pour renouer avec l'exercice sincère de moi ?
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ATELIER 04 : Je suis sourd quand il n’y a pas de mots. Ressentir le message du MOI atavique et sauvage
Où il est proposé d’identifier les cerveaux comme acteurs à part entière de notre délibération intérieure, sans désespérer de notre libre-arbitre.Tous les messages vitaux ne sont pas verbalisés. Comment décrasser mon oreille intime ?
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ATELIER 07 : Désolé, il me faut encore un dessin. Faire comme le Jongleur de mondes de Granville (1844)
Comment résumer les trois grandes atttitudes mentales qui restaurent la Joie de vivre ?
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RAISON GARDER : Comment continuer à raison garder ?
Et demain ? Je fais quoi ?
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RESSOURCES : les Portraits à rencontrer
Parce que c’était eux, parce que c’était moi… Cette liste commentée recense les penseurs évoqués au cœur de ce livre. La notice permet d’identifier pourquoi l’auteur a été cité ou analysé et dans quelle mesure il a inspiré le propos tenu, ce qui permet d’éviter une lecture de ses Œuvres complètes…
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Raison garder. Manuel de survie des vivants dans un monde idéalisé

05.03. Méditation : des clefs sans porte

Une citation, ce sont des mots alignés que chacun peut changer en paroles…

Un exemple : avez-vous remarqué l’immédiate séduction qu’exerce sur nos réseaux sociaux la moindre sentence bien mise en page, le plus banal des proverbes affiché sur la photo d’un penseur connu (et ce, même si le proverbe n’est pas de lui ou n’est qu’approximativement cité). Au même titre, les maximes-bateau qui décorent les sachets de thé du matin, voire les sapiences imprimées au revers des feuillets de calendriers à la Petit Farceur n’ont-ils vraiment aucune influence sur notre réflexion intime ?

Que dire des formules ressassées par les communicateurs de nos politiques, les intellos-vedettes du petit écran, les beaufs de nos Café du Commerce ou les agités de communautés minorisées : « nous vivons la Mort des idées« , « nous entrons dans l’Ère du Verseau« , « c’est le Déclin de l’Occident« , « pas d’avenir sans Développement personnel« , « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas » (Malraux*), « nous plongeons dans un désastre écologique« , « l’Histoire, c’est fini », « l’Humanité, c’est fini« , « l’anthropocène, c’est fini« , « c’est la Lutte finale…« 

Le sociologue Gérald Bronner (cfr. Lectures) explique bien le phénomène dans son Apocalypse cognitive (2021), où il ajoute (sans citer de source néanmoins) que 90 % de l’information disponible aujourd’hui a été générée pendant les deux dernières années. Outre le vertige suscité par ce genre de constat quantitatif, nous pouvons intuitivement réaliser combien ce flux incroyable de données est propre à véhiculer ces idées préconçues, ces certitudes collectives, ces diktats et ces injonctions qui sont légion aujourd’hui, qui nous influencent et qui empêchent chacun de penser sa vie librement, au mieux de sa réalisation saine.

Loin de moi l’idée de hurler avec les loups (même si, en l’espèce, ils ont bien raison) et de crier ici au mensonge, aux contre-vérités, à l’infox ou à l’erreur, car ce n’est pas le contenu de ces sapiences, quelquefois fort respectables, qu’il convient de critiquer. C’est l’utilisation que nous en faisons, consciemment ou non, quand l’heure est venue de la réflexion personnelle : qui peut affirmer, la main sur le cœur, qu’au grand jamais ces petites phrases n’ont affecté sa délibération ?

La philosophie nous enseigne à douter de ce qui nous paraît évident. La propagande, au contraire, nous enseigne à accepter pour évident ce dont il serait raisonnable de douter.

HUXLEY Aldous, Brave New World (1932)

Si l’invitation d’Huxley à ne pas accepter pour évident « ce dont il serait raisonnable de douter » s’applique initialement à la propagande, elle pourrait aussi justement s’appliquer aux vérités avec lesquelles nous nous rassurons collectivement, alors que le doute s’imposerait.

C’est pourquoi nous partirons de trois de ces mini-diktats : ils nous ont bercés pendant des siècles comme des évidences mais ils s’avèrent, dans un monde moderne à reconstruire, trois clefs sans portes.

Toute pensée n’est jamais qu’un exercice de la Pensée

Pourquoi des clefs sans porte ? Simplement, parce que ces clefs n’ouvrent aucune porte vers un mieux et que ces préceptes sont pour beaucoup rapidement utilisés comme prémisses à toute réflexion personnelle, comme postulats qui ne seront pas questionnés alors que, comme toute autre vérité, ils ne sont que des objets cognitifs, utiles certes, mais seulement utiles à plus d’exercices de pensée. Ils ne constituent pas a priori des bases raisonnables pour fonder une réflexion individuelle. Il nous revient dès lors de ne pas confondre les dogmes prêts-à-penser avec la « matière à raisonner ». Posologie : à ne s’approprier qu’après mûre réflexion ! Il en va ainsi des trois clefs sans porte que je veux évoquer ici : des principes qui, pris pour argent comptant, induisent en fait un biais cognitif dans notre délibération intérieure :

Il est important de pouvoir identifier ou reconnaître les biais cognitifs, car certains d’entre eux ont des répercussions sociales néfastes. « Les débats de société actuels sur les théories conspirationnistes autour de la COVID-19, sur la crédibilité de la science et sur le racisme ou les violences sexuelles ne sont pas étrangers à l’influence des biais cognitifs concernant notre façon d’appréhender et d’interpréter ces enjeux », note Cloé Gratton.

Un biais cognitif appelé l’effet de répétition est particulièrement pernicieux. « Des études ont montré que des affirmations ou des énoncés, même faux, finissaient par emporter l’adhésion de plusieurs personnes à force d’être répétés», rappelle la doctorante. Le président américain Donald Trump est ainsi parvenu à influencer les comportements de millions d’Américains en répétant ad nauseam des choses erronées, comme le fait que les élections présidentielles de novembre dernier avaient été truquées.

Un autre biais, dit d’essentialisme, est associé à des préjugés envers les membres de groupes sociaux, tels que les Noirs, les Autochtones ou les homosexuels, dont les caractéristiques sont perçues comme immuables, prédisposant à des comportements négatifs qui peuvent engendrer de la discrimination. « Selon ce bais, il est normal, par exemple, que les Autochtones et les Noirs soient sur-représentés dans l’univers carcéral puisqu’ils seraient violents par nature », relève la doctorante.

Très répandu, le biais de confirmation consiste à privilégier les informations qui confortent nos opinions, croyances ou valeurs et à ignorer ou à discréditer celles qui les contredisent. « Beaucoup de gens ne lisent dans les journaux que les textes des chroniqueurs dont ils partagent la vision du monde, indique Cloé Gratton. Sur les réseaux sociaux, des individus ont tendance à préférer les échanges avec des personnes qui s’intéressent aux mêmes sujets qu’eux et qui partagent des opinions proches des leurs. »

C’est ainsi que se forment les chambres d’écho, ces communautés virtuelles où la voix de chacun fait essentiellement écho à celles des autres membres. Fonctionnant comme des caisses de résonance d’une même conception du monde, ces chambres d’écho favorisent la polarisation des esprits, voire leur radicalisation, plutôt qu’une meilleure compréhension des points de vue divergents.

d’après Claude GAUVREAU (UQaM.CA)

En ce sens, les trois clefs sans porte suivantes pourraient bien passer pour des biais cognitifs « essentialistes », à savoir penser que…

  1. la Vérité existe quelque part ;
  2. la Morale est une déclinaison pratique de cette Vérité dans notre vie quotidienne ;
  3. le Sens de la Vie se définit comme la quête du bonheur, la recherche d’un état extatique, en harmonie avec cette Vérité.

Il n’y a pas d’essence, ni de dénotation efficace de la réalité ; Si une Vérité universelle avait été disponible, ça se saurait : nous vivrions dans un monde partagé par tous, où la morale serait une évidence pour tous et où toute déviance serait immédiatement auto-détruite par chacun (fantasme woke s’il en est). Nous connaîtrions l’Atlantide mythique de Platon et pas celui, plus cruel (mais tellement plus sensuel), de Pierre Benoit*.

    1. il n’y a pas de prescrit ;
    2. il n’y a pas d’extase immobile.

Mais dans ce cas, comment définir le Mal (que je me fais), faute d’un Bon Dieu, d’un Yahweh, d’un Allah ou d’une belle-mère quelconque qui me fait les gros yeux quand je quitte le Droit Chemin ?