02.03. Marcher à l’Etoile
Un baromètre à cinq étoiles, vous connaissez. Ce dispositif vous a permis de savoir si le film que vous projetiez de voir ce soir a été accueilli avec enthousiasme par les autres utilisateurs de la même plateforme cinéma que vous (« un succès à 5 étoiles », « désormais, un must à 4,8 étoiles… »). C’est en regardant la cote obtenue par le gîte que vous pensez louer pour les fêtes que vous aller opter pour celui avec feu ouvert (« cote charme : 4,7 étoiles ») plutôt que celui avec le jacuzzi (« qualité équipement : 1,8 étoiles »). Voilà bien une notation quantitative (la compilation de toutes les évaluations chiffrées des autres utilisateurs) censée garantir la qualité de votre soirée ou de votre séjour en amoureux. Or l’un comme l’autre peut dépendre d’autres facteurs de bien-être, d’humeur ou de logistique qui, eux, ne pourront être évalués en ligne ou même prévus : avez-vous dû tourner pendant près de 40 minutes pour trouver une place de parking (c’était manifestement jour de sortie pour vos concitoyens) ? Votre partenaire sortait-elle/il d’une engueulade injustifiée avec son boss ? Le vin de la bonne bouteille que vous réserviez à cette première soirée intime devant l’âtre était-il « passé » ou presque madérisé ?
On le voit : la lecture quantifiée du monde (ici, la masse des votes en ligne) ne garantit pas la qualité de l’expérience vécue. Avis aux personnes contrôlantes et aux angoissés de l’imprévu : mesurer par le nombre ne donne pas la mesure de l’expérience vécue. S’il est des situations – entre autres, techniques – où la quantification est impérative, elle ne peut se limiter qu’à des phénomènes objectivables dans des termes communs (nombre de, température, taux de…). A défaut, on essayera de trouver un modèle partagé mais qui restera un pis-aller. Pensez à l’imprécision de cette nouvelle manière de partager la sensation de douleur entre patients et personnel infirmier : « Sur une échelle de 10, madame, combien donneriez-vous à ce que vous ressentez maintenant ? »