Raison garder est bien malaisé car “il nous est impossible de parler d’une réalité quelconque si ce n’est sous la forme d’un contenu de notre conscience” [von Franz, 1972] et notre conscience est le triste repaire de nos aveuglements ! Pire, selon Endel Tulving [Tulving, 1985], ce n’est pas une mais trois consciences qui sont à l’œuvre pour motiver nos décisions d’agir. Qu’il s’agisse de la représentation du monde (conscience dite ‘noétique‘), la fiction de soi (conscience dite ‘auto-noétique‘) ou de la sensation de la situation en cours (conscience ‘a-noétique‘), ce sont bien trois instances distinctes, ne parlant pas la même langue, qui se disputent le devant de notre délibération intime. Pour notre bien ? Dédiée à nos représentations du monde (ce qui n’est pas nous-même), la conscience noétique a la fâcheuse tendance à se payer de mots, à poser en travers de notre réflexion des dogmes bien séduisants et à nous laisser confondre la légalité vitale avec les règles spécifiques à des domaines techniques comme les sciences, les religions ou les traditions. Pour ne pas perdre le nord, on guettera donc quand elle est par trop dogmatique et technique.