Âme
Fonction primale d’harmonisation avec le Vivant, l’âme est le baromètre de la Raison qui, à son tour, régule les consciences aux fins de générer l’activité la plus pertinente, en réponse aux phénomènes perçus.
Pour ne pas verser dans l’habitude historique de créer des concepts statiques, pour les installer dans la vitrine de nos musées mentaux (« l’âme, c’est le dieu en nous », « l’âme pèse 13,5 grammes*** », « quand on meurt, l’âme s’envole vers le ciel »…), on dira de l’âme quelle est, en nous, la « fonction de dévoilement de la Vie. »
A ce titre, elle est préverbale et sans stratégie, parallèle au conatus de Spinoza, elle sert d’indicateur de l’intensité de Vie pressentie par le sujet qui veut se réaliser dans son être [Spinoza, 1677]. Sans code ni tables de la Loi, elle renseigne la Raison, alors que cette dernière lutte contre les aveuglements générés par nos gardiennes consciences. Sans volonté propre, elle est le cordon ombilical entre nous (le sujet) et la Vie comme elle va (la légalité).
Si certaines spiritualités parlent d’un troisième œil (« celui qui est ouvert quand les deux autres sont fermés »). Elles sont tenues de recourir à un expédient pour le représenter physiquement : le troisième œil serait positionné au milieu du front, à l’emplacement d’un chakra.
De la même manière, on parlera ici de l’âme comme d’un deuxième nombril : là où notre nombril physiologique est l’empreinte du lien qui nous reliait à notre mère biologique, ce deuxième nombril et son cordon intime nous relie à une Mère plus primale, en d’autres termes, la Vie en soi, le flux vital entre moi et la Vie qui marche.
Le thème pictural de la « Vérité qui sort nue du puit » a permis à des générations de mâles frustrés de mater les corps les plus sublimes, sous des prétextes culturels. L’âme, dans ce registre, fonctionne sans culture et s’efforce de faire le lien avec la Vie nue et âpre, pour s’ajuster à une légalité primale, s’arrimer au sentiment de ce qui est non perverti et fondamentalement juste (à ne pas confondre avec ce qui est expliqué). Les croyants évoquent à ce propos la « présence de Dieu en soi. » Depuis Spinoza, le dieu porte bien des noms et nous nous en tiendrons à sa proposition : la Nature.
L’âme est alors bel et bien une fonction de dévoilement, au sens où Parménide
Les mythes nous avertissent contre le danger de la mort de l’âme. Paul Diel [Diel, 1947] l’associe à une fatale dispersion de notre élan vital, la banalisation, ou à son opposé, la nervosité par laquelle l’élan vital se crispe sur un objectif sublime.
En maintenant le lien individuel entre nous, êtres désirants, et la légalité de la Vie qui implique des limites effectives à notre liberté et exige une juste valorisation de nos désirs, l’âme nous permet d’avoir une représentation intime de cette légalité, en amont des discours administrés par nos diverses consciences. Dira-t-on qu’elle est le Logos avant la logorrhée ?